Tu es partie...

Hier Féline est partie, elle qui m'accompagnait depuis si longtemps, depuis 16 ans je crois.
Elle qui à marché sur le chemin de la vie à mes côtés durant ces 16 dernières années s'en est allée.

Quand je l'ai vu pour la première fois, elle était pelotonnée et terrorisée sur le siège passager de la voiture de mon beau frère.
On me l'a mise dans les bras, maman m'a dit de la monter à la maison. Je l'ai posé dans la cuisine, elle crachait de peur, se cachait derrière les meubles. Ma sœur est entrée dans la cuisine avec un autre chaton, une petite bête toute noire. Nous les avons laissées ensemble pour qu'elles prennent leurs repères.
Le soir, la petite noire était toujours aussi gentille et douce, mais la mienne, petite tigrée, était toujours aussi craintive.
Je suis allée me coucher, maman l'a installée près de moi sur un coussin bleu posé sur une chaise.
Elle crachait encore, et maman a dit "elle ne s'habituera jamais" et mon cœur s'est serré car je l'aimais déjà et j'ai eu peur que ce qu'elle avait dit soit vrais.
Le lendemain matin, je me suis réveillée et elle n'avait pas bougé. Je l'ai caressé, et elle à miaulé gentiment. Elle n'avait plus peur.
Depuis ce jour, nous ne nous sommes plus quitté.
Je l'ai baptisé Féline, tandis que ma sœur appelait la sienne Mounette.
Elles ont vécu toutes les deux de longues années, dans la maison familiale.
Longtemps nous n'avons pas osé les laisser sortir dehors de peur qu'il ne leur arrive malheur. Un jour elles se sont enfui par la fenêtre ouverte et nous avons eu très peur de ne pas les retrouver, mais elles s'amusaient simplement dans le jardin.
Alors nous les avons laissé sortir et pour être sur de les voir rentrer, nous les avons habitué à revenir manger le soir au son d'une clochette que nous faisions tinter à la fenêtre. Elles accourraient alors à toute vitesse pour avoir leur repas.
Un soir Féline n'était pas rentré. Nous l’avons appelé avec la clochette à la fenêtre, mais elle ne courait pas à notre rencontre. Je ne la voyais nulle part.
Puis j'ai tendu l'oreille. Je l'entendais miauler.
Nous sommes partie faire le tour du pâté de maisons en l'appelant par son nom, et elle a répondu en miaulant. Nous l'avons vu, sur le toit de la voisine. Elle était montée, mais ne savait plus comment redescendre! Nous l'avons encouragé, et elle a fini par sauter et revenir vers nous.
Tant de petits souvenirs...
Lorsque je suis allée rejoindre mon chéri à Dijon, nous étions dans un studio, puis l'année suivante dans un tout petit appartement, nous avons donc laissé Féline à ma maman pour en prendre soin car elle n'aurait pas supporté d'être enfermé dans de si petits espaces.
Lorsque nous avons acheté notre appartement actuel, nous l'avons reprise avec nous. C'est là que je me suis rendu compte à quel point elle m'avait manqué.
Elle a vite pris ses marques, a repris sa place dans notre vie, dans notre petite famille.

Il y a deux ans, elle a commencé à beaucoup maigrir, et à vomir presque tous les jours mais restait très alerte et en pleine forme. Nous l'avons emmené chez le vétérinaire. Elle avait fait une hépatite et avait des problèmes de foie. Mais à part ça, tout allait pour le mieux.
Nous avons dû la nourrir avec des croquettes spéciales, hors de prix, et payé de grosses factures mais je m'en fichais car c'était pour son bien.
Elle a commencé à aller mieux, à moins vomir.
Elle continuait à faire sa petite vie, toujours en pleine forme malgré sa maigreur, toujours aux aguets à nous attendre derrière la porte d'entrée ou dans la cuisine.
Et il y a deux ou trois semaines, elle a perdu encore plus de poids et à vomir encore. Elle ne voulait pas manger ses croquettes, et comme elle se lasse très vite de la même nourriture, nous avons été acheté de nouvelles croquettes, de la nouvelle pâtée et même des blancs de poulets à lui faire bouillir. Ce n'était pas la première fois qu'elle n'était pas en forme, alors nous nous sommes donné une semaine maximum pour la requinquer avant de l'emmener chez le vétérinaire si ça n'allait pas mieux.
Elle mangeait bien, était plus vive, ne vomissait plus, mais ne reprenait pas de poids. Alors j'ai dit à mon chéri que je l'emmènerais chez le vétérinaire cette semaine.
Hier avant de partir au travail, je lui ai donné des morceaux de poulets, qu'elle a mangés avec plaisir, comme d'habitude. Je l'ai caressé avant de partir, comme tous les matins.
À midi, je suis rentré, et j'ai vu qu'elle avait vomi. C'était devenu habituel.
Je lui ai donné un peu de pâté pour qu'elle remange un peu, mais quelques minutes plus tard elle a vomi à nouveau. Il y a des jours où rien ne passait, alors j'ai juste ramassé et puis je l'ai laissé se reposer.
Je suis allé sur l'ordinateur, j'ai mangé vite fait car je n'ai que 30 minutes avant de repartir.
Je suis passé devant la chambre et elle était couchée sur le lit, je l'ai appelé par son nom comme je le fais souvent.
Alors elle s'est levé et elle s'est mise soudain à miauler très fort, encore et encore, comme lorsqu'elle va vomir ou qu'elle a mal au ventre. Je voyais bien qu'elle avait mal. J'ai tenté de la rassurer. Elle s'est caché sous le lit. Je me suis penché vers elle, je l'ai regardé. je l'ai appelé, elle ne voulait pas sortir.
Je ne savais pas quoi faire, j'ai appelé mon chéri mais il ne décrochait pas. C'est lui qui avait la voiture alors je ne pouvais pas l'emmener chez son vétérinaire habituel. Je me suis demandé si je devais la prendre et l'emmener chez le vétérinaire le plus proche, ce que j'aurais dû faire, mais avec mon travail, c'est une vraie bataille pour s'absenter quelques heures.
Il arrivait qu'elle ait très mal au ventre quelques fois et elle miaulait alors beaucoup. Je l'ai regardé une dernière fois et je suis partie, la boule au ventre, en me disant que je l'emmenais ce soir impérativement.

Mon chéri m'a rappelé quelques minutes après, il a pris RDV avec le véto pour 17h15. J'ai demandé à partir 30 minutes plus tôt.
À 17h je suis sortie en trombe, j'ai marché vite, j'ai couru, j'ai essayé d'appeler mon chéri au téléphone mais il ne répondait pas.
Arrivé en bas de l'immeuble, j'ai vu qu'il avait garé la voiture devant dans la rue et mit les warnings. J'ai pensé qu'il devait m'attendre pour la mettre dans son panier et la descendre.
J'ai sonné à l'interphone pour lui dire que j'étais arrivé, et qu'il pouvait descendre avec elle, je lui ai demandé si ça allait.
Il m'a juste dit de monter, et mon cœur s'est serré.
J'ai appuyé sur le bouton de l'ascenseur, mais il mettait trop de temps à arriver, alors j'ai monté les escaliers en courant.
Quand j'ai vu sa tête en ouvrant la porte, j'ai compris.
non... non... non... non... non... non... non... non... non...
Je l'ai cherché, il me la montrait dans le bureau, allongé sur un drap, sans vie.
non... non... non...
Je me suis effondrée sur son petit corps, j'ai pleuré, pleuré, pleuré. Je l'ai caressé encore et encore.
J'ai essayé d'écouter son cœur, mais ses yeux, si vides, ne trompaient pas.
Ma Féline, ma petite Féline...
J'ai été si bête, j'aurais dû l'emmener chez le vétérinaire tout de suite.
Je n'aurais pas dû partir et la laisser.
J'ai été si bête...
J'ai préféré aller l'enterrer chez mes grands-parents le soir même, à coté de personne, notre vieux toutou qui est parti l'an dernier lui aussi.
Nous l’avons enroulé dans le drap, j'ai pris un de mes débardeurs pour qu'elle est mon odeur, son petit jouet avec lequel elle n'a jamais joué.
Je l'ai tenu sur mes genoux tout le long de la route, redoutant le moment où je devrais la voir pour la dernière fois.
Papa nous attendait, il avait déjà préparé le trou.
J'ai pleuré en l'emmenant le bas. Elle allait disparaitre à tout jamais.
J'ai ouvert le drap, je l'ai caressé encore.
J'ai enlevé mon t shirt et l'ai mis sur elle pour lui tenir chaud, j'ai mis sa petite balle entre ses pattes. Je l'ai embrassé une dernière fois puis j'ai fermé le drap et je l'ai posé dans le trou froid, humide, si horrible.
Et j'ai pleuré, impuissante, devant la terre qui la recouvrait petit à petit.
J'ai allumé une bougie au pied du petit arbre juste à côté.
Puis il a fallu partir, la laisser là, et faire face au vide qu'elle a laissé.

Ouvrir la porte de l'appartement et ne pas la trouver derrière en train de miauler.
Ne pas la voir courir à sa gamelle pour un petit peu de pâté.
Ne plus la voir saccager les accoudoirs du canapé pour faire ses griffes. Elle n'a jamais voulu toucher à son griffoir.
Ne plus la voir sortir en courant de sa litière pour fuir sa propre odeur.
Ne plus la voir gratter la couette pour qu'on la laisse se glisser en dessous, bien au chaud.
Ne plus entendre son ronron le soir à côté de ma tête...

Peu importe que les gens se moquent, qu'ils me disent qu'il y a plus important, des gens qui meurent, qu'ils me disent que tu n'est qu'un chat, parce que pour moi ce n'était pas ça.
Comme l'a si bien dit mon chéri, toujours là pour moi lui aussi, tu étais un membre de notre famille.


Je t'aime Féline.


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1 commentaires

  1. Je suis désolée pour toi... Il ne faut pas te sentir coupable, tu ne pouvais pas savoir. Et ils sont nuls les gens qui se moquent de la tristesse de la parte d'un animal, c'est un véritable deuil à traverser, tant ces petites bêtes prennent de place dans nos vies.

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Jeter une bouteille à la mer...